Couverts végétaux pour protéger l'environnement

Couverts végétaux pour protéger l'environnement

août 2010

Les semenciers ont développé des espèces et variétés qui enrichissent le sol en azote, retiennent les nitrates afin d'éviter leur lessivage dans les rivières ou les nappes phréatiques, et améliorent la structure du sol.

 Phacélie, trèfle, radis, tournesol, pois fourrager...:  mises en mélange, ces espèces additionnent leurs atouts pour former des couverts végétaux capables de protéger les sols, de limiter les apports en engrais ou de constituer un stock de nourriture à la faune locale.

Les couverts végétaux ont plus d'une ressource dans leur sac. Quelques années en arrière, ces cultures installées après une récolte pour ne pas laisser le sol à nu avant les prochains semis, étaient avant tout semées pour résorber les excès d'azote. Mais désormais, l'amélioration des mélanges d'espèces qui les composent a élargi leur rôle : ils servent d'abris et de nourriture aux animaux du sol tout en protégeant la terre, en limitant érosion et battance. Cerise sur le gâteau : ces plantes aèrent et structurent les sols et matent les mauvaises herbes. Sur les terrains dégradés, ce sont eux qui aident à revégétaliser les sols. Sans oublier qu'ils servent d'abri à la petite faune et aux insectes. En résumé, ce sont les plantes à tout faire de l'agriculture ! Comment s'y prennent-ils pour réussir toutes ces missions ? Découverte de ces plantes multitâches avec les spécialistes de la société Jouffray-Drillaud, semencier implanté à Cissé, dans le département de la Vienne.

Objectif numéro un : réduire les traitements

 «La première Directive « nitrates », en 1991, qui vise à protéger les eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole, a commencé à parler de couverture végétale, explique Paul Rouvreau, responsable agronomique. L'idée de ces couverts, c'est de les utiliser afin de protéger et de conserver les sols dans des intérêts agricoles et environnementaux ». En ligne de mire : la réduction des traitements habituellement appliqués aux cultures agricoles. Certaines espèces utilisées dans les couverts végétaux possèdent pour cela une étonnante capacité : celle de capter l'azote contenu dans l'atmosphère et de le rendre disponible pour les cultures suivantes... permettant ainsi de limiter les apports exogènes en nitrates. Autre intérêt agronomique : « les couverts végétaux protègent les sols de l'érosion et de la battance (ndlr : tendance des sols à se désagréger et à former une croute sous l'effet de la pluie) », explique le spécialiste. L'hiver est notamment propice à ces phénomènes de dégradation en tous genres : mis à nu, les sols doivent affronter les assauts répétés du vent et de la pluie. Les couverts végétaux apportent a contrario une double protection des sols : grâce à leurs racines, qui descendent souvent assez profondément, la structure des sols est maintenue, et leur feuillage fait office de parapluie contre les précipitations et ralentit l'érosion. « Les couverts végétaux permettent aussi d'entretenir une bonne teneur en matière organique, d'améliorer la fertilité des sols et finalement, d'économiser le travail à procurer aux sols », poursuit-il. Parmi la gamme de semences proposées par Jouffray-Drillaud, un mélange contient par exemple de l'avoine fourragère diploïde, de la phacélie, du trèfle d'Alexandrie, de la vesce commune et du radis asiatique dont les propriétés associées vont permettre d'activer la vie du sol, de contrôler les plantes adventices et d'apporter, via la présence de légumineuses, des mycorhizes intéressants. Un autre mélange, riche en vesce commune, en trèfle d'alexandrie, trèfle incarnat et trèfle Balansa est quant à lui plus orienté vers l'amélioration de la fertilité des sols, grâce à l'apport de mycorhizes et les restitutions azotées qu'il permet, ainsi qu'à préserver la biodiversité locale.

La protection de l'environnement au rendez-vous

 « L'intérêt environnemental des couverts végétaux est aussi essentiel », affirme le spécialiste. La préservation des ressources en eau est un de leurs meilleurs succès. La nouvelle réglementation « nitrates », impose de ne pas laisser les sols nus en hiver afin d'éviter le lessivage des sols par les eaux de ruissellement, et donc, aux polluants du sol de circuler jusqu'aux cours d'eau. En réponse à cette réglementation, des couverts végétaux spécifiques, appelés « cultures intermédiaires pièges à nitrates » (CIPAN), sont désormais utilisés. Mieux, ils font carrément office de barrage ultime sur les bords de rivière, où ils doivent être plantés sur des bandes de 5 à 10 m afin de limiter la pollution des ressources en eau. Mais semer des couverts végétaux peut aussi constituer une source de nourriture automnale et hivernale intéressante pour la faune sauvage, comme les petits mammifères, les oiseaux ou les insectes. C'est le cas de certains mélanges qui contiennent par exemple du trèfle d'Alexandrie, du moha, du radis fourrager, de la navette ou de la vesce de printemps, soit autant d'espèces attractives pour la biodiversité locale. D'autres mélanges, ont été développés pour prolonger les périodes de floraison, afin de favoriser la bonne santé des butineurs. Ces gammes contiennent ainsi de nombreuses variétés de trèfles, dont du trèfle hybride, blanc, violet et d'Alexandrie, qui sont parmi les plus pollinifères et nectarifères. Les spécialistes affirment aussi qu'en plus de nourriture, ces couverts végétaux constituent des abris utiles à la reproduction et aux déplacements de la biodiversité locale ! « Un autre intérêt de ces couverts végétaux est qu'ils peuvent créer une rupture parasitaire », ajoute le spécialiste. Et d'expliquer que la présence de certaines variétés utilisées dans les couverts végétaux peut remplacer l'action de produits phytosanitaires destinés à combattre des parasites. « Certains parasites résistent à tous les traitements, mais certaines espèces de couverts végétaux en viennent à bout ! », précise-t-il ! C'est le cas de la moutarde ou du radis fourrager qui, semés avant la mise en culture de la betterave, permettent d'empêcher l'apparition du nématode de la betterave, un « ver » dévastateur.

La bonne recette des couverts végétaux

A chaque problème, son mélange : les semenciers ont développé diverses gammes de couverts végétaux, au sein desquels les espèces utilisées cibleront efficacement un objectif, en mettant en commun leurs atouts. Certaines plantes ont ainsi la particularité de structurer le sol en profondeur, comme le tournesol et la navette, dites plantes à pivot. D'autres, appelées espèces de couverture, envahissent facilement la surface du sol et étouffent les mauvaises herbes : c'est le cas de la phacélie ou du radis. Les légumineuses sont quant à elles connues pour équilibrer le rapport carbone-azote des sols en captant l'azone naturellement dans l'oxygène, à l'instar des pois fourrager, des vesces et des trèfles.

   

 

                                                                        Photos©gnis 

 

 
©métaphore production


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