Piments, poivrons et tomates : conservation du patrimoine génétique et évolution des variétés

Piments, poivrons et tomates : conservation du patrimoine génétique et évolution des variétés

août 2010

Les réseaux de conservation des ressources génétiques permettent de conserver, de coordonner et de mettre à disposition des chercheurs et d'autres pays les collections de semences de variétés anciennes et modernes. Des variétés anciennes aux variétés hybrides : comment ont évolué le poivron et la tomate, comment sont utilisées les variétés anciennes pour en créer de nouvelles.

Intervenants :
• Marie-Christine Daunay, Inra, coordonnatrice du réseau de ressources génétiques Solanaceae
• Bruno Landon, directeur marketing, Clause
• Didier Court, UFS, président du comité grand public de la section potagères et fleurs.

Fonctionnement des réseaux de conservation des ressources génétiques et démonstration de la diversité variétale

Marie-Christine Daunay précise, avant de commencer la présentation de son activité, que les ressources génétiques constituent tout un univers. Et qu'en faire un message de 10mn revient évidemment à simplifier la chose. « Les ressources génétiques, c'est tout simplement la diversité génétique : c'est à la fois un héritage du passé et une passerelle vers l'avenir. A un moment donné, il s'agit d'un passage, avec les conditions du marché, les conditions climatiques mais aussi les conditions du production qui évoluent. Par ailleurs, les plantes cultivées évoluent aussi. Chaque combinaison génétique est précieuse. C'est le matériel avec lequel les sélectionneurs vont pouvoir créer de nouvelles recombinaisons des caractéristiques. » La gestion des ces ressources génétiques se fait sous forme de réseaux, créés sous l'égide du Bureau des ressources génétique qui a disparu au profit de la Fondation de recherche pour la biodiversité (NDLR). Pour les tomates, il s'agit du réseau Solanacées, créé en 1997. Il réunit trois institutions publiques (l'Inra, le Geves et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad)), 11 semenciers et deux partenaires associatifs. « Mais ce n'est pas un club fermé. Toutefois, le réseau fonctionne sur un mode scientifique, ce n'est donc pas évident que des amateurs puissent s'y joindre.
L'objectif est de mettre en commun les ressources génétiques, d'organiser les multiplications et de partager les informations d'identification et de caractérisation des accessions (la caractérisation intègre une description botanique, déclinée en 30 critères, mais également, une évaluation pour révéler les caractères génétiques ) gérées par ce réseau. Nous partageons le travail de régénération et de conservation : chacun fait un peu et tout le monde en bénéficie ! »
Selon les méthodes de conservation (à 5° ou à -18°) et les plantes, ces dernières sont régénérées à des fréquences variables. Cette régénération est essentielle : elle permet de s'assurer que les graines sont toujours vivantes et que les variétés sont maintenues.

Toutes les informations concernant une variété (origine géographique, description, données d'évaluation...), sont ensuite entrées dans une base de données. Cette base de données est très utile pour la recherche, car elle permet d'étudier la diversité génétique, identifier les allèles, comprendre la structure du génome grâce aux marqueurs. C'est une source de gènes originaux utilisés par le travail de sélection pour créer de nouvelles variétés répondant à de nouvelles exigences pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.

Tomates et piment sont des espèces américaines introduites en Europe au 16ème siècle (première mention en 1544, en Italie, pour la tomate). Grâce aux herbiers d'époque, on constate qu'il y avait déjà une grande diversité de tomates. Quant aux piments, il s'agissait surtout de petits fruits triangulaires ou allongés. Les gros fruits étaient totalement absents. Quant au poivron, le piment doux, il s'agit d'une sélection humaine.

Des variétés anciennes aux variétés hybrides : comment ont évolué le poivron et la tomate, comment sont utilisées les variétés anciennes pour en créer de nouvelles.

Avant de présenter les différentes variétés de tomates et poivrons cultivées, Bruno Landon explique que « la conservation des ressources génétiques demande un vrai travail, on ne conserve pas, comme ça, au hasard. Il faut faire attention aux fécondations libres, lorsqu'on cultive une variété à côté d'une autre ! C'est ce qu'on entend parfois des jardiniers lorsqu'ils disent que leur variété a dégénéré ! Pour répondre aux exigences du marché, il nous faut vendre quelque chose de propre, c'est-à-dire, une variété qui correspond exactement à la description. En fait, le sélectionneur n'est pas libre de faire ce qu'il veut, il travaille pour les producteurs. On accuse les semenciers, les sélectionneurs d'avoir réduit la biodiversité. En fait, les conditions de production ont évolué, il y a eu besoin de variétés répondant à de multiples contraintes : rendements importants, adaptation à nouvelles conditions climatiques, productions standardisées toute l'année... Au final, c'est le consommateur qui est le moteur de ces changements. » Marie-Christine Daunay acquiesce, « le sélectionneur s'adapte au consommateur»

Bruno Landon rappelle qu' «il n'y a pas UNE bonne tomate : la qualité dépend de caractères complexes et subjectifs»

Maintenance des variétés du domaine public

Didier Court

« Une fois la variété crée, il faut la maintenir : c'est là le travail des semenciers. Pour être sûr, par exemple, de toujours obtenir des cœurs de bœuf quand on le souhaite. On maintient donc aussi les lignées de populations anciennes, les lignées parentales pour créer des hybrides » 

   
 
  Photos©gnis 

 

©métaphore production 


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