Jachères fleuries : des semences pour protéger la petite faune

Jachères fleuries : des semences pour protéger la petite faune

août 2010

La collaboration entre les semenciers et les agriculteurs a permis de multiplier les couverts qui protègent la faune sauvage en servant de refuge aux insectes, oiseaux et petits animaux

Intervenants :
• Jean-Michel VINCENT, technicien, Fédération Départementale des Chasseurs du Loir-et-Cher
• Caroline LE ROUX, conseillère viticole, Chambre d'Agriculture du Rhône
• Tony BONNIN, responsable marketing marché amateur, Clause

Tony Bonnin rappelle l'historique de l'emploi des jachères fleuries, qui restent des jachères et répondent donc aux obligations de la Politique Agricole Commune. Le projet a démarré suite à une demande de la Fédération Départementale des Chasseurs du Loir-et-Cher. « Il fallait trouver un mélange de fleurs très simple à utiliser, avec un semis au printemps et une floraison qui dure de mi-avril à fin novembre. Les mélanges devaient donc répondre à quatre critères : semables à la volée, une levée très simple, des plantes qui s'établissent rapidement et une floraison la plus longue possible. A partir de ce cahier des charges, nous avons travaillé pendant quelques années à la mise au point des mélanges. Nous voulions retrouver la simplicité du geste, ce geste auguste de la semeuse ! », souligne Tony Bonnin.

Les premières implantations ont donc eu lieu dans le Loir-et-Cher, sur des parcelles de quelques milliers de m2 à quelques hectares. Certaines étaient situées le long des routes. « Petit à petit, les élus et les gens les ont vues. Et se sont demandé si on ne pouvait pas aussi les planter en ville ou dans les jardins des particuliers. Nous avons donc commencé à travailler pour les jardins des villes avec des cahiers des charges différents et également pour les jardins des particuliers. Cela s'est beaucoup développé, grâce à la simplicité d'utilisation, puisqu'on sème à la volée. Notamment, chez les particuliers, puisqu'il suffit d'avoir une terre fraîchement travaillée, de semer, puis d'arroser. Une fois que les plantes ont levé, elles s'établissent rapidement. Et la floraison dure jusqu'aux premières gelées. » Tony Bonnin rappelle qu'il n'y a pas d'intervention de l'Homme, ce qui permet à la faune sauvage de s'établir, comme les insectes et de petits invertébrés. Les vertébrés vont ensuite s'installer dans le couvert fleuri. Les petits invertébrés trouvent dans les jachères fleuries une source de nourriture (pollen et eau, à l'aisselle des plantes), mais aussi un abri contre les prédateurs potentiels.

 

Caroline LE ROUX est conseillère viticole à la Chambre d'Agriculture du Rhône et travaille en ce sens, sur la faune auxiliaire (NDLR : utile) des vignobles. « En 2004, nous sommes interrogés sur l'intérêt de tester ces mélanges de fleurs, afin d'augmenter potentiellement la présence des auxiliaires. En effet, cette année-là les décrets d'application du Beaujolais ont évolué : ils diminuaient le nombre de ceps à l'hectare. Les viticulteurs ont donc arraché une rangée sur six de ceps. Comment occuper ce sol devenu libre ? » Pour s'adapter à cette nouvelle utilisation, les couverts devaient être ras, pour ne pas faire de concurrence à la vigne. En 2006, les mélanges étaient au point. « Les bandes fleuries apportent des plantes dicotylédones, qui attirent des insectes pollinisateurs et polliniphages. » Les couverts fleuris attirent beaucoup d'insectes, qu'ils soient volants ou qu'ils se posent sur les feuilles, et sont des sources de nourriture pour les araignées, qui constituent 80% de la faune auxiliaire.
Ils permettent notamment l'implantation de coccinelles à 7 points, l'un des prédateurs de la cochenille, parasite de la vigne. La larve de la Chrysope verte débarrasse aussi la vigne des autres ravageurs de la vigne (cochenille, pucerons, chenilles).
« Nous travaillons en conditions naturelles : après le labour en automne, on reprend le sol en février-mars, pour semer et rouler en avril (pour que les graines restent bien au contact du sol, NDLR) afin de profiter des derniers jours de pluie du printemps : cela permet de remédier au problèmes des adventices en mai. Jusqu'ici, nous avons travaillé avec un rang tous les 16 rangs transformés en bandes fleuries. Pour qu'il y ait un impact, il faudrait semer un rang tous les 8 rangs. »
Dans le Beaujolais, 30 hectares ont ainsi été occupés. « Nous travaillons avec la Fédération des Chasseurs du Rhône pour avoir un mélange commun à proposer aux chasseurs et aux viticulteurs. Cela entraîne un surcoût de 40 euros pour 500m2, pour la densité de semis choisie, c'est-à-dire, 10kg/ha », précise Caroline Leroux.
Tony Bonnin souligne en effet que pour les grandes surfaces, la densité de semis conseillée est de 0,5 à 1g/m2 (10kg/ha). « Bien entendu, plus on sème dense, moins il y a de place disponible pour les mauvaises herbes. Mais au-delà de cette densité, le surcoût entrainé serait un facteur limitant. Par contre, pour les jardins des particuliers, nous recommandons une densité de 2g/m2. »

 

Jean-Michel Vincent revient sur l'origine des jachères fleuries. Ce sont en fait des options du contrat Jachère Environnement et Faune sauvage (JEFS), officialisé en 1996 dans le cadre de la PAC. Les JEFS concernent les exploitants agricoles pratiquant le gel indemnisé (NDLR), et impliquent une convention tripartite entre le Préfet, la Chambre d'Agriculture et la Fédération départementale des chasseurs.
« La Région Centre est la première zone céréalière en Europe. Nous avions déjà beaucoup de JEFS et avons pensé essayer les jachères fleuries. » Pendant 3 ans, 6 communes ont donc testé le principe. L'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), en partenariat avec l'université d'Orléans, ont alors testé l'impact des jachères fleuries sur les insectes. « Et elles apportent un véritable intérêt. La petite faune sauvage, comme les perdrix grises, rousses, les faisans, les alouettes, souffrent de la suppression de leur milieu. Ainsi, pendant les 5-10 premiers jours après leur naissance, les jeunes poussins ne se nourrissent que d'insectes. Le couvert apporte donc la biodiversité nécessaire. Après la floraison, on demande d'ailleurs aux agriculteurs de les laisser en place puisque les animaux s'y sont habitués : cela permet à la faune de s'y réfugier, pour passer l'hiver. De plus, les jachères fleuries augmentent l'effet lisière en cassant les grandes parcelles. Or, la perdrix grise vit justement en bordure des cultures, dans cette zone de lisière. »
La mise en place des jachères fleuries est aussi un bon moyen de faire s'asseoir à une même table les chasseurs, les agriculteurs et les utilisateurs de la nature. Il en ressort une image positive, dans laquelle « les agriculteurs ne sont pas tous des pollueurs et les chasseurs ne sont pas tous des tueurs ! »
En 2004, le concept a alors été repris au niveau départemental : au plus fort taux d'occupation, 250 parcelles, soit 110 ha, étaient couverts par les jachères fleuries. « Mais cette dernière année, avec les changements de la politique agricole, nous perdons de la surface : il n'y a plus d'obligation du gel des sols, certains agriculteurs se demandent alors pourquoi ils ne recultiveraient pas les parcelles en jachères. Par ailleurs, cette année, nous allons faire des essais avec un couvert mellifère, permettant la production de nectar et de pollen. »

   
  Photos©gnis

 

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