Maïs : diversité et évolution du maïs, des populations anciennes aux variétés hybrides commercialisées en France

Maïs : diversité et évolution du maïs, des populations anciennes aux variétés hybrides commercialisées en France

août 2010

Quel est le lien entre la téosinte, une plante à tiges multiples supportant plusieurs épis à un seul rang de grains et le maïs d'aujourd'hui, avec sa tige et son épi uniques et ses 12 à 22 rangs de grains ? Réponse : plusieurs siècles d'évolution menée par l'homme afin d'adapter cette plante à ses besoins et d'en augmenter les rendements. Retour sur une épopée longue de... 9000 ans !

Devant des rangées aussi diverses qu'étonnantes de différentes variétés de maïs, Jacques Foucault, directeur du développement maïs pour Limagrain Europe, explique : « Regardez cette diversité mondiale du maïs ! Il est important de la voir pour comprendre le passé de cette espèce et les interventions successives au cours de l'histoire. Tout commence il y a 9000 ans, au Mexique. Les Incas et les Mayas utilisaient cette plante comme source d'amidon. La sélection commence dès lors : en cherchant à conserver les meilleures plantes puis en les croisant, ils transforment le maïs, lui faisant produire moins d'épis, mais de plus gros épis. C'est cette plante déjà améliorée que les explorateurs, comme Christophe Colomb ou Magellan, vont rapporter sur le continent européen au XVème siècle. En moins de deux siècles, le maïs se diffuse partout, de région en région, chacune cherchant à l'adapter aux conditions locales et à le stabiliser. « C'était une plante tropicale, et les agriculteurs européens sont parvenus à la faire pousser partout ! », s'enthousiasme le spécialiste. Devant lui se dresse la première population adaptée à l'Europe, dite Lacaune. Sélectionnée pour sa précocité, elle est à l'origine de toutes les populations qui se sont développées par la suite en France. Aux Etats-Unis, la variété souche est autre : il s'agit de la population dite Minessota 13. Aux côtés de ces deux variétés « mères », de nombreuses populations étaient cultivées au début du XIXème s, et l'on peut observer par exemple le « Grand Roux Basque », très cultivé pendant la guerre pour nourrir les oies, ou le « Blanc de Bresse », destiné aux volailles de cette région.

L'hétérosis : ou comment doubler les rendements

« Les universités américaines et françaises, avec l'INRA, ont commencé à s'intéresser au maïs après la guerre », raconte le spécialiste. Objectif premier ? Améliorer sa précocité. Par ailleurs, un élément essentiel, le phénomène d'hétérosis ou vigueur hybride, augmente considérablement les performances d'une plante à partir du croisement de deux populations ou variétés différentes : la "valeur" de la descendance est supérieure à celles de chacun des parents. C'est ce qui s'est passé lorsque les scientifiques ont croisé la lignée hybride F7xF2 avec la lignée américaine W401 : la fille, dite LG11, avec son épi plus grand et plus gros, a fourni un rendement de 14 tonnes à l'hectare, contre 7,3 maximum auparavant ! Pour fabriquer ces hybrides, le maïs possède un atout de taille : ses organes sexuels sont très différenciés. Il est dès lors très facile de supprimer un des deux organes sur une plante afin d'éviter l'autofécondation, et de féconder l'organe restant grâce à du pollen prélevé sur une seconde plante. « On observe facilement ce dispositif de semences depuis le bord des routes, illustre le spécialiste. Quand on voit des champs possédant deux couleurs différentes, c'est qu'on y a laissé des rangées entièrement femelles et d'autres, mâles ».

 

De nouvelles demandes pour le maïs

Comme l'ont exigé les Incas et les Mayas il y a 9000 ans, le maïs doit aujourd'hui encore se plier à la même problématique : il s'agit toujours de faire produire plus au maïs car la population et ses besoins alimentaires augmentent. « A cela se rajoute une nouvelle exigence : alors que le maïs est à la base une plante tropicale, même les pays du Nord, comme l'Irlande ou la Suède et jusqu'en Lituanie, veulent aussi pouvoir le cultiver, explique Jacques Foucault. Tout l'enjeu du sélectionneur est de mettre au point des nouvelles variétés adaptées à tous ces nouveaux territoires ». Autre contrat pour le maïs : nourrir les animaux, et plus particulièrement les ruminants, ce qui exige que tiges et feuilles soient de bonne qualité nutritionnelle et de digestibilité. Dans cette optique, les chercheurs s'attachent notamment à la présence d'hémicellulose, essentielle quant aux capacités de digestion des ruminants. Emblème de ces travaux : « Anjou 258 » a été la variété la plus vendue depuis le début des années 90 et jusqu'en 2000, et la première variété à répondre aux exigences de digestibilité. Des maïs spécifiques ont également été développés pour répondre à des besoins industriels. C'est le cas du maïs doux, qui remplit nos conserves : ses grains sont récoltés verts et seuls ceux du milieu de l'épi sont conservés, afin de n'avoir que des grains de taille standard. L'hybride « Waxy » fait quant à lui le bonheur des amidonniers, qui ont besoin d'amidon pour produire des plastiques ou des colles à papiers peints. « Le maïs traditionnel contient 25% d'amylose et 75% d'amylopectine, et c'est cette dernière qui donne la gluance recherchée par les amidonniers, explique le spécialiste. Or il est très difficile de séparer ces deux substances, d'où l'idée de créer cette variété qui produit 100% d'amylopectine ». Plus de 50 000 hectares de « Waxy » sont désormais cultivés en France. Aujourd'hui, le changement climatique demande aux sélectionneurs de s'intéresser de près à la tolérance à la sécheresse, à l'inondation ou à la salinité par exemple.

La couleur en jeu

Si les performances nutritionnelles et de rendement ont beaucoup orienté la création de nouvelles variétés de maïs, la couleur a aussi joué un rôle. Imaginez-vous une polenta italienne sans son jaune éclatant ? Impensable ! Du maïs aux grains très jaunes ont donc été développés. Du côté du Portugal, c'est au contraire le maïs blanc qu'on aime, utilisé pour la préparation du pain local et pour l'alimentation des poulets à chair blanche. Dernière extravagance en date : les variétés ornementales et colorées qui remplissent les étals des fleuristes. Maïs « Strawberry », à grains rouges, maïs à grains bleus ou multicolores sont les nouveaux venus de la grande famille des maïs ! 



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